Les grands enjeux comme le climat, la biodiversité ou les limites écologiques globales ne peuvent être appréhendés dans la stricte limite des frontières nationales.  Les échanges internationaux de biens et de services délocalisent fortement les émissions et les pressions sur l’environnement. C’est ainsi que 28% des émissions mondiales des gaz à effet de serre sont transférées entre pays via les importations et exportations de biens et de service[1]. En 2010, 27% des émissions chinoises ont été liées à des biens exportés.

La France est de son côté largement importatrice. Les émissions « officielles » de la France de l’inventaire national, fondées sur la seule production, ont diminué de 7,5% entre 1990 et 2010. Mais en fait, en tenant compte des importations ces émissions ont augmenté de 14% sur la même période. Dans le domaine de la biodiversité, les pressions écologiques dans les pays en développement, généralement démunis sur le plan réglementaire, sont largement liées à l’export.

La question est donc de considérer les impacts générés par les produits et services quels que soient le lieu de leur fabrication. C’est l’objectif de l’approche du cycle de vie.

La relocalisation des activités sur le territoire, le raccourcissement des chaines d’approvisionnement qui sont proposés pour le monde d’après COVID vont relocaliser aussi les pollutions. Ils peuvent certes conduire à diminuer l’empreinte écologique globale, mais à augmenter les émissions nationales.

Si on raisonne au niveau du territoire,  40 % de l’empreinte carbone relève directement des choix techniques d’aménagement à l’échelle du quartier. Le bâtiment est le plus émissif (23% de l’ensemble), devant les déplacements de personnes (10%), les infrastructures et espaces publics (4%), viennent ensuite l’alimentation, les déchets, les biens de consommation et le transport de marchandises. Hélène GENIN « BBCA Quartier » : la voie vers le quartier bas carbone

Comparaison de l’empreinte carbone et de l’inventaire national Français en 2014[2]

L’empreinte d’un territoire est le bilan de l’impact des activités et consommations du territoire sur le territoire lui-même et sur les autres territoires en prenant en compte les importations et exportations de biens et de services dans une approche cycle de vie. On parle notamment d’empreinte carbone.

L’empreinte carbone : le vrai bilan CO2 d’une métropole française et les leviers d’action

Les chiffres précis par métropole ne sont pas disponibles mais peuvent être estimés[3].  Les émissions directes de la collectivité ne portent que sur 3% de l’ensemble et les émissions sous influence des politiques communautaires de 12%. C’est-à-dire le pouvoir d’action direct de la collectivité ne porte que sur 15% de l’ensemble des émissions. Sur le reste, soit 85%, la collectivité n’a qu’une influence indirecte. Elles sont dues aux activités, notamment de production, menées sur le territoire par des acteurs privés (45%) et aux consommations dont une partie est importée et dont la production conduit à des émissions sur d’autres territoires (40%).

Dans les pays exportateurs où l’empreinte est inférieure aux émissions la prise en compte du cycle de vie permet d’envisager des coopérations avec les pays importateurs, pour la maîtrise des émissions. Relever l’enjeu de la réduction de l’empreinte écologique des territoires passe ainsi par la mobilisation des acteurs du territoire dans un système local de consommation et de production durables.

La connaissance de ces flux, l’analyse du cycle de vie territorial, le « métabolisme » du territoire, est nécessaire pour élaborer une stratégie du territoire, c’est une des composantes de la capacité.

[1] Meike Fink, Célia Gautier. Les émissions importées. Le passager clandestin du commerce mondial. RAC, ADEME, CITEPA. Avril 2013. https://reseauactionclimat.org/publications/emissions-importees-passager-clandestin-commerce-mondial/

[2] Commissariat général au développement durable. Chiffres clés du climat France, Europe et Monde. Édition 2019. p38, https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/sites/default/files/2019-05/datalab-46-chiffres-cles-du-climat-edition-2019-novembre2018.pdf

[3] Ces chiffres sont purement illustratifs et portent sur les villes des pays du Nord importateurs de produits et ressources extérieures. La disponibilité de ces données un niveau local à travers un dispositif de suivi est une composante importante de la capacité locale. Source : Pour les émissions du territoire : Bilan Carbone du Grand Lyon (2009) et cadastre des émissions de CO2 (Air Rhône-Alpes, publication 2009), et pour les importations de CO2 le bilan national MTES. 2018. Projet de Stratégie Nationale Bas-Carbone. Ministère de la Transition écologique et solidaire. 2018. Version projet