La relance verte : Quelles stratégies pour l’action ? Synthèse

Séance d’ouverture : La relance verte, quelles stratégies pour l’action ?

La relance peut-elle être verte ? Pourquoi et comment concilier la conduite de la mutation nécessaire avec des mesures de court terme ? Un premier webinaire pour comprendre les enjeux et apporter des solutions aux entrepreneurs.

La réponse aux urgences actuelles – à la fois sanitaires, économiques, sociales et écologiques – nécessite des mutations profondes. Les objectifs de développement durable ont une échéance à 2030, les trajectoires climatiques visent une neutralité carbone en 2050. Mais, l’ampleur des périls climatiques et de la dégradation des écosystèmes impose une action rapide. Et aujourd’hui, la crise du coronavirus impose aussi le maintien, voire la restauration, du tissu économique et de l’emploi, et donc une politique de relance.

C’est pourquoi, au-delà des processus de mobilisation des citoyens qui sont indispensables, nous encourageons ceux qui disposent des solutions concrètes et pratiques, ceux qui investissent et développent des innovations, c’est-à-dire les entrepreneurs. Nous nous adressons aux entreprises privées, entreprises à mission et de l’économie sociale et solidaire, professionnels, associations et collectifs d’acteurs… car tous les types d’entrepreneurs peuvent agir, créer des emplois, et contribuer à la relance globale.

L’initiative pour une Relance verte ‘comprendre et agir tous ensemble’ est à la croisée des chemins entre le comprendre (enjeux, trajectoires de changement, connaissances scientifiques) et l’action, c’est-à-dire l’engagement des acteurs/entrepreneurs, le déploiement des solutions et les partenariats opérationnels.

Un plateau exceptionnel réunit des personnalités expertes engagées pour ouvrir cette journée de webinaires. Elles présentent les voies d’évolution et les travaux les plus récents qui peuvent guider une relance verte.

  • Christian Brodhag, initiateur de la campagne, les enjeux des mutations, comment lier les feuilles de route globales et le changement concret. La question d’’intelligence collective au cœur de la relance verte.
  • Corinne Lepage, ancienne ministre, vice-présidente du Mene : une nouvelle économie pour répondre aux enjeux
  • Bettina Laville présidente du Comité 21 : « La Grande Transformation face à la crise, 12 propositions pour le Monde d’Après », une analyse du Comité de prospective du Comité 21
  • Pierre Verri, président de la Fédération Flame, les mutations énergétiques sur les territoires
  • Patricia Savin, présidente d’ORÉE : « Relance verte, résilience et audace, déclinaison à travers 3 thématiques : Biodiversité et Économie, Économie circulaire et Reporting RSE/Ancrage local »
  • Amina Bouri, Co présidente de Low Carbon France
  • Alexia Germont,Avocate et Présidente-fondatrice de France Audacieuse
  • Sylvianne Villaudière, coordinatrice de la campagne, Vice-Présidente de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale

Une séquence d’introduction forte avec des messages puissants qui donnent le ton et l’ambition de cette journée et de la dynamique qui s’initie aujourd’hui.

Christian Brodhag, initiateur de la campagne, introduit cette journée sous le signe de la journée mondiale de l’environnement. Sans attendre et avec des objectifs clairs, la campagne s’attaque aux obstacles, proposent des lignes d’actions collectives et de renforcement des capacités des acteurs.

Aujourd’hui journée mondiale de l’environnement nous allons lancer une mobilisation pour une relance verte. La crise du Covid 19, s’est accompagnée d’un véritable tsunami économique. Un arrêt total de pans entiers de l’économie qui nécessite une très ambitieuse politique de relance.

Mais cette la relance doit être verte et relever aussi le défi de la crise écologique, dont les effets à terme seront bien plus importants, mais qui ne se développent pas à la même vitesse. Ce n’est pas un tsunami qui mobilise toutes les attentions du fait de l’urgence, mais une montée lente des eaux qui vont submerger au propre et au figuré, des zones géographiques, des sociétés entières, et ses dérèglements mettant en péril à terme l’ensemble de l’humanité… Nous partageons tous ici que la question de la transition écologique doit être au cœur de la relance.

Les métaphores montagnardes sont à la mode depuis les premiers de cordées jusque à l’ivresse des sommets et des perspectives d’un mode d’après fait de vertu partagée et de réconciliation morale du développement des sociétés avec les limites planétaires. Viser les sommets, ce ne peut être par une dépose en hélicoptère réservée aux plus riches, mais par l’accès du plus grand nombre par des moyens qui leur permettent d’y accéder en toute sécurité. Cela ne peut reposer sur l’office de tourisme et sa communication mais le bureau des guides. Le guide est non seulement celui qui montre le chemin et dirige le groupe, mais est aussi être celui qui enseigne les techniques et les connaissances du milieu montagnard. Il définit les voies à emprunter, qui doivent être sécurisées, dotée des moyens techniques et logistiques nécessaires.

Les objectifs sont clairs, les objectifs internationaux de développement durable de l’agenda 2030, des feuilles de routes, déclinant par secteurs l’objectif de neutralité carbone ou de la restauration de la biodiversité. La définition du développement durable du rapport Brundtland de 1987 avait une seconde phrase trop souvent oubliée : « Deux concepts sont inhérents à cette notion de développement durable  :

  • Le concept de « besoins », et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et
  • L’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir. »

Comment changer les techniques et l’organisation sociale ? Quelles sont les solutions techniques ou organisationnelles, quels produits ou services, quels sont les nouveaux modes de consommations et de production, quelles nouvelles organisations sociales permettent de résoudre LE PROBLEME. »

Pour imaginer, développer, porter et diffuser ces solutions de nature très variées il faut des entrepreneurs.

Quelles solutions concrètes et pratiques pour se nourrir, habiter, se vêtir, pour vivre en société et garantir santé, sécurité et bien être, produire l’énergie et les ressources avec une empreinte écologique équitablement répartie restant en deçà des limites globales et locales ?

Pour imaginer, développer, porter et diffuser ces solutions de nature très variées il faut des entrepreneurs. Joseph Schumpeter définissait l’entrepreneur comme un homme (à l’époque on n’associait pas encore les femmes) dont les horizons économiques sont vastes et dont l’énergie est suffisante pour bousculer la propension à la routine et réaliser des innovations. L’entrepreneur pour le développement durable développe les solutions concrètes, techniques, organisationnelles, sociales… Il répond à la fois aux besoins et à la demande sociale et pousse des solutions nouvelles.

Les entrepreneurs pour le développement durable auxquels nous nous adressons ici relèvent de régimes variés : entreprises privées ; entreprises à mission et de l’économie sociale et solidaire, associations, professionnels ou collectif de citoyens.

L’objectif de l’initiative que nous lançons aujourd’hui est de mobiliser les entrepreneurs ; de faire valoir leur disponibilité pour cette relance verte.

Pour permettre aux entrepreneurs et leurs solutions de relever le défi du développement durable nécessite un cadre politique et institutionnel, une organisation de la finance et des marchés, et des connaissances.

Nous allons lors de cette journée :

  • Identifier dans ces domaines institutionnels et financiers les obstacles et les leviers d’action
  • Faire reconnaitre l’importance d’associer aux politiques et aux financements verts un volet information et formation

Avec des objectifs clairs :

  • Etablir les bases d’un partenariat et des coopérations entre les organisations
  • Porter auprès des pouvoirs publics la parole des entrepreneurs.

C’est en ces termes forts que la journée de lancement de la campagne du 5 juin est inaugurée par Christian Brodhag.

Corinne Lepage présente ensuite les 4 axes fondateurs attendus de l’économie et de la société tels qu’ils sont portés par le Mouvement des Entrepreneurs de la Nouvelle économie qu’elle copréside www.lemene.org:

  • Une économie utile qui prenne en compte ses externalités et s’appuie sur de nouvelles formes de comptabilité,
  • Une reterritorialisation des activités économiques préservant l’autonomie et favorisant les circuits courts,
  • Une nouvelle organisation de la gouvernance des entreprises mettant au cœur l’adaptation et la co élaboration,
  • Enfin l’établissement d’un nouveau rapport au client dans lequel la question de la santé devient un impératif.

L’intervention de Corinne Lepage met en avant un souhait largement partagé par l’ensemble des participants à cette première séquence : « la sortie de la sphère des propositions pour aller vers le passage à l’action ».

Bettina Laville, présidente du Comité 21,  souligne deux caractéristiques majeures de cette crise : en premier lieu une crise environnementale qui touche le monde entier et c’est la première fois que cela se produit dans l’histoire de l’humanité et deuxième fait majeur, une vraie prise de conscience de la jeunesse, à la différence de la crise de 2008. Cette séquence d’introduction a été l’occasion d’évoquer le rapport très important sur « La Grande Transformation » conduit par le Comité de prospective du Comité 21, présidé par l’économiste Philippe Dessertine, et présenté il y a quelques jours.  Une version intermédiaire a été présentée en janvier, il vient d’être remodelé au regard de la crise de la COVID19. Parmi les 12 propositions, certaines sont plus particulièrement soulignées par Bettina Laville : remettre la prospective au cœur des processus de décision avec une vraie prospective partagée, assurer une nouvelle déclinaison de l’intérêt général et des biens communs, avoir une loi 5D qui ancre le Développement Durable à la future loi 3D – décentralisation, différenciation et déconcentration. Le Comité 21 plaide également pour la création d’une véritable Autorité Indépendante Sanitaire et d’un Conseil de Sécurité Planétaire, instance indispensable pour faire face aux plus grands risques qui sont devant nous : les risques environnementaux.

Pour finir, Bettina Laville reste confiante dans l’avenir « nous pouvons y arriver » à condition d’attaquer ces défis « avec courage ».

« Nous ferons vivre dans les mois à venir ces propositions avec des partenaires pour chacune d’entre elles afin de mettre en œuvre cette Grande Transformation. »

Pierre Verri, président de la Fédération Flame des Agences Locales de l’énergie et du Climat (ALEC) https://www.federation-flame.org/ présente l’importance des politiques publiques locales, en particulier des Plans Climat, dans la relance à venir. Pierre Verri souligne l’utilité de l’action au plus près des territoires des ALECs pour accompagner cette relance. L’efficacité dépendra de la rapidité des mesures qui seront prises. Un chantier majeur est à mettre dans les premières priorités : la rénovation énergétique du parc bâti. Cela demande une forte mobilisation de fonds et pas seulement publics. Pierre Verri demande pour cela un véritable « Plan Marshall » de la rénovation. Et pour soutenir cela, il souhaite l’émergence de tiers investisseurs solides qui seraient de réels leviers pour la transition. L’exemple de la Métropole Grenobloise illustre bien la pertinence de cette approche.

Patricia Savin, présidente d’ORÉE, http://www.oree.org/ analyse la situation actuelle comme l’arrivée au point de bascule. Une démarche appuyée par une étude en cours menée par ORÉE avec l’AFNOR pour faire un état des lieux de la transition écologique dans les entreprises et qui devrait être disponible dans quelques mois.

Le message de Patricia Savin s’adresse à l’avenir : les engagements actuels devraient permettre aux générations futures de dire, « il y avait un avant et il y a eu un après . Le prix de cette transformation en cours n’est pas seulement financier, il est surtout mental : que nous acceptions ensemble de tourner la page avec « force, courage et détermination ». La crise mondiale nous invite à revisiter notre monde à nous retourner vers l’essentiel et vers le sens.

Le mot d’audace partagé par tous les intervenants, Patricia Savin l’a décliné précisément :

  • L’audace de réconcilier critères financiers et extra financiers
  • L’audace d’établir de nouvelles formes de comptabilité
  • L’audace de l’engagement pour l’économie circulaire et la construction des synergies territoriales
  • L’audace de s’attaquer à la préservation de la biodiversité

Ce mot d’audace, comme ceux de courage, transformation font partie de ce premier vocabulaire de la Relance Verte.

Les deux interventions suivantes relient la démarche de la RelanceVerteF à la société civile.

Amina Bouri, co-présidente de l’association Low Carbon France https://lowcarbonfrance.org/ présente l’ambition de son association : sensibiliser aux enjeux environnementaux et outiller les citoyennes et citoyens en vue d’un passage à l’action.  L’esprit est clair : positif, inclusif et non culpabilisant, une bonne façon d’accompagner tout un chacun, avec bienveillance. Low Carbon France fait partie d’un réseau de plus de 450 partenaires et associations, notamment de jeunes. Un rôle essentiel pour accompagner le changement et mobiliser le plus largement.

Alexia Germont présente le mouvement de France Audacieuse, « Think et do tank » https://www.franceaudacieuse.com/ dont la vocation est de faire entendre la voie de la société civile dans une démarche européenne et humaniste. En rejoignant l’initiative lancée aujourd’hui, France audacieuse propose « de faire œuvre de résonnance dans l’amplification et la pédagogie pour la Relance Verte ».

Pour clôturer cette première séquence et ouvrir à la suite, Sylvianne Villaudière, coordinatrice générale de la campagne donne le ton et les ambitions de la journée et plus généralement de l’initiative lancée le 5 juin : « trouver les voies et les moyens pour construire une Relance Verte, vraiment durable, s’inscrivant résolument dans la mise en œuvre des Objectifs de Développement Durable », un travail collectif à mener « avec constance et obstination » ! Elle présente les 8 webinaires organisés par différents réseaux partenaires de la campagne, qui suivent cette première session de lancement. On les retrouve en replay sur le site https://www.relanceverte.fr/webinaires/

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